La Belgique, un centre de transit névralgique pour Johnson & Johnson

Terre de prédilection pour l’industrie pharma, la Belgique est également un hub logistique important dans ce secteur. L’exemple de Johnson & Johnson, dont près d’un tiers du chiffre d’affaires mondial passe par des centres de distribution belges.

Entre deux rangées sans fin, un cariste défie les lois de la pesanteur dans la cabine de son engin élévateur pour aller chercher une palette culminant à plus d’une dizaine de mètres. Redescendu à une hauteur moins périlleuse, il vient placer son chariot impeccablement en bout de ligne, devant un autre espace de rangement, après avoir pris soin de laisser passer un des nombreux petits véhicules sillonnant l’entrepôt.

Nous sommes à La Louvière, dans le centre européen de distribution de produits pharmaceutiques de Janssen (Johnson & JohnsonJNJ 0,73%). Des installations de 28.000 m2 (dont 21.000 m2 de surface opérationnelle) un peu cachées sur le site de Garocentre, la plate-forme logistique multimodale implantée le long de l’autoroute E42, que l’on appelait par le passé « de Wallonie ». Capacité de stockage de cette énorme ruche, divisée en plusieurs parties: 26.000 palettes à température ambiante, plus 2.350 dans une partie réfrigérée.

Le site, où travaillent 130 personnes (10 pour J&J et 120 pour le logisticien CEVA, qui en assure l’opérationnalité), traite en moyenne chaque année 264.000 commandes, soit environ 136 millions d’emballages de médicaments. Inutile de souligner qu’avec de tels flux, l’erreur n’est pas permise. « Chaque mouvement de palette est scanné », explique Sébastien Donot, Site operation Manager. « Si l’une n’est pas au bon endroit, cela ne marche pas et l’opérateur ne peut finaliser la transaction ».

Trois sites

Mis en service en 2012, le centre de La Louvière, qui a représenté un investissement d’une cinquantaine de millions d’euros (dont un coup de pouce de la Région wallonne), envoie des produits vers les entreprises Janssen dans une bonne dizaine de pays européens, mais aussi vers les filiales Johnson & Johnson dans le monde entier. « Une partie du flux part en distribution directe chez les grossistes et une autre, des volumes plus importants, est restockée ailleurs pour une distribution plus locale », poursuit Sébastien Donot.

Le centre louviérois fait partie d’un ensemble de trois sites implantés par le géant américain dans notre pays. Non loin de là, à Courcelles, se trouve le centre européen de distribution de matériel médical du groupe, où travaillent pas moins de 500 personnes. Quant à l’immense site de recherche et de production de Beerse, près de Turnhout, qui abrite le quartier général de Janssen, il comprend lui aussi un centre de stockage et de distribution.

« En tout, quelque 15 à 20-25 milliards de chiffres d’affaires de Johnson & Johnson passent par ces hubs », indique Jean-Michel Colnot, Distribution Senior Director pour la région Europe-Moyen-Orient (EMEA). C’est pratiquement 30% du chiffre d’affaires de J&J qui transite par 3 centres en Belgique. ». Un quatrième site un peu moins important en Suisse, consacré à la traumatologie, ainsi que des satellites de plus petite taille, complètent le dispositif européen. Une organisation du même type existe en Amérique et en Asie.

« Anciennement, J&J était très décentralisé dans son approche et on avait des entrepôts pratiquement dans chaque pays. Tout ce monde-là ne se parlait pas trop », précise encore Jean-Michel Colnot. « Comme on avait une volonté de sécuriser notre chaîne d’approvisionnement et d’avoir une meilleure expertise du suivi, il a donc été décidé d’aller vers une certaine centralisation, sachant que l’on ne peut pas déployer des technologies high tech dans tous les petits centres qui existent. Je dis une certaine, car lorsqu’on a créé La Louvière, on savait qu’on ne pourrait jamais aller vers un seul entrepôt européen qui servirait tout depuis la Norvège jusqu’à l’Afrique du Sud et depuis Lisbonne jusque Vladivostock ».

Moins cher ailleurs?

Mais pourquoi le géant américain a-t-il opté pour la Belgique et plus particulièrement pour la Wallonie, alors que d’autres pays, aux charges salariales moins élevées, lui tendaient certainement les bras? « On a choisi la Belgique de prime abord pour sa position centrale en Europe, répond Jean-Michel Colnot. On essaie toujours d’être proche des deux gros marchés européens que sont l’Allemagne et la France et de pouvoir les atteindre de façon économique, par la voie des routes, avec des accès vers les hubs autoroutiers et les aéroports ». En deuxième lieu, on indique chez Johnson & Johnson avoir examiné les zones où il y avait beaucoup de main-d’œuvre et du terrain disponible. Mais est-ce que les aides belges et européennes ont pesé dans la décision? Selon le responsable, « c’est rentré en ligne de compte. Mais ce n’est pas cela qui a fait pencher la balance, car quelque part, on aurait eu aussi des subsides dans les autres zones où on pouvait aller. C’est l’ensemble des paramètres qui, mis bout à bout, fait que l’on prend une décision rationnelle ».

Reste LA question qu’on ne peut éluder: est-ce que le groupe américain a déjà eu à regretter sa décision, la région étant réputée pour ses conflits sociaux? « Non, tranche Jean-Michel Colnot. Nous avions des critiques nous disant qu’il ne fallait pas s’implanter dans la région. Mais nous n’avons jamais eu à le regretter. Au contraire. On continue à investir, notamment dans les nouvelles technologies. À Courcelles, on continue d’étendre le site. On a réinvesti plusieurs dizaines de millions d’euros pour agrandir le bâtiment et créer plus d’automatisation ».

SourceL’Echo