L’impact du Brexit sur les échanges de palettes 🤔

Alors que Bruxelles et Londres disposent de 11 mois pour écrire les nouvelles règles communautaires, ayant pour objectif de régir leurs futurs échanges commerciaux (phase qui doit prendre fin le 31 décembre prochain). Dans un article du journal Les Echos, Denis Fainsilber, décrypte les impacts du Brexit sur la circulation des palettes bois entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Les 3 millions de palettes mensuelles*, qui servent aux échanges de marchandises intra-européens, pourraient ne plus pouvoir revenir dans l’Union après leur expédition en Grande-Bretagne. En cause, la réglementation sanitaire envers les pays tiers.

Brexit : l’étonnant casse-tête de la circulation des palettes

Par Denis Fainsilber
Publié le 30 janv. 2020 à 10h37Mis à jour le 30 janv. 2020 à 12h13

On pensait que  le Brexit allait rapidement « clasher » sur des bras de fer hautement symboliques, comme sur la future taxation des importations de camemberts côté anglais ou celle des expéditions des ailes des avions Airbus, dans l’autre sens. Mais un obstacle beaucoup plus trivial a déjà surgi des deux côtés du Channel : il s’agit… de la libre circulation des palettes, ces millions de supports en bois réutilisables, qui servent à charger et décharger les marchandises les plus diverses dans les poids lourds.Ce discret accessoire du transport pourrait poser de vrais problèmes aux nombreuses entreprises qui font de l’import-export avec le Royaume-Uni. Car en l’état actuel de la réglementation, les palettes venues du continent pourront toujours entrer comme avant en Grande-Bretagne, mais pas franchir la Manche au retour ! Le calendrier de la « période de transition » de onze mois risque d’être trop serré pour résoudre cet casse-tête inattendu.

Crainte des insectes

Explication : afin de se prémunir des attaques d’insectes ou de champignons invasifs, ces assemblages de planches de résineux doivent, en principe, être estampillés d’une norme internationale dite NIMP15: celle-ci implique un traitement préalable dans un four autoclave, seule méthode possible en UE depuis l’interdiction de produits chimiques. Mais les Européens, pour simplifier les échanges entre eux et peu craintifs sur les contaminations pathogènes, utilisent généralement du bois non traité à l’intérieur du continent, n’appliquant les normes plus strictes qu’envers les pays tiers.

Or, ce sont ces dernières règles qui devraient s’appliquer dès janvier 2021 aux palettes revenant de Grande-Bretagne, considérée de facto comme un pays tiers. Même pour un basique retour à vide des camions français, espagnols ou polonais. « Elles ne pourront simplement plus être posées sur le sol européen », prédit un expert. Reflet des très importants échanges commerciaux, « plus de 3 millions de palettes se déplacent chaque mois entre le Royaume-Uni et l’UE et moins d’un tiers respecteraient les normes de l’OMC », selon le site spécialisé Actu Transport Logistique.

Zone de sécurité sanitaire

« Traiter toutes ces palettes d’ici à un an, ce ne sera pas possible, étant donnés les volumes en jeu et les capacités des autoclaves ; et derrière, il y a aussi des coûts supplémentaires », estime le président de la commission « Brexit » de Transport et Logistique de France Overseas (TLF), l’organisation qui représente les chargeurs. Olivier Thouard s’est déjà entretenu de cet épineux sujet avec  les Douanes . « Le problème reste entier pour l’instant. A moins de prévoir une zone de sécurité sanitaire, qui reste à négocier », dit-il. Afin de réduire les déchets industriels, ces rectangles de bois effectuent plusieurs rotations, donc tout un circuit international.

Normalisées en Europe, les palettes mesurent 1,20 mètre sur 80 centimètres, pour permettre un remplissage optimal des camions, et portent un logo EUR ou EPAL sur un de leurs « dés » intermédiaires. Voici déjà près d’un an, le ministère britannique de l’Environnement et de l’alimentation (Defra) a signifié aux entreprises anglaises que le pays manquait de palettes conformes aux normes internationales. Mais les multiples aléas et reports du Brexit n’ont pas aidé depuis à trouver une solution.